Transfiguré et porté par un Principality Stadium en fusion, le Pays de Galles a longtemps cru tenir sa première victoire dans le Tournoi des 6 Nations après trois années de disette, mais l’Ecosse en avait décidé autrement. Emmenés par un Finn Russell étincelant, les écossais ont trouvé les ressources pour l’emporter dans les dernières minutes (23-26). Un dénouement cruel pour les hommes de Steve Tandy qui avaient délivré une prestation de haut vol, mais voient s’agrandir le spectre d’une nouvelle cuillère de bois.
Il y a cru longtemps, très longtemps. Dans les tribunes du Principality Stadium le public gallois s’était remis à espérer, comme aux plus belles heures. Quelques réminiscences enfouies ont doucement refait surface, celles d’une victoire dans un match du tournoi des Six Nations, alors que le Pays de Galles en est privé depuis trois longues années. Aussi, les souvenirs de fête dans les rues de Cardiff après les rencontres et de toute une nation fière d’évoquer son équipe nationale, pour laquelle, ici plus qu’ailleurs, un peuple vit au rythme de ses essais. Mais la deuxième mi-temps écossaise aura été fatale à toutes ces aspirations.
Pourtant, dans le premier acte, le Pays de Galles avait réalisé une copie presque parfaite. Face à une Écosse en pleine confiance après sa victoire à Twickenham la semaine passée, les Gallois, sans complexe, étaient convaincus de pouvoir réaliser l’exploit, quels que fussent les obstacles à surmonter.
Le Principality Stadium, temple en fusion
Réduits à quatorze après le carton jaune de Joe Hawkins pour un plaquage haut (5e), les hommes au poireau refusent de subir et choisissent la main sur une pénalité à cinq mètres. Pari gagnant, le pilier Rhys Carré aplati (10e) et les 70 000 spectateurs du Principality Stadium explosent. « C’était le public le plus bruyant que j’avais jamais vu ici » a même confié Ben Carter après la rencontre. L’Ecosse a beau réagir par Steyn avec un beau mouvement collectif en supériorité numérique (14e, 7-5), la ferveur ne retombe pas.
Galvanisés, les Gallois se sont montrés imperturbables sur leurs phases offensives en première période, au-delà des espérances de Steve Tandy : « La manière dont nous avons attaqué au début de la première mi-temps était incroyable ». Le contraste entre les deux équipes est poignant tant les Gallois semblaient unis et en mission dans le premier acte face à une Écosse asphyxiée. Les rouges avancent, les avants fixent, libèrent les extérieurs et Sam Costelow a tout le temps de servir Josh Adams filant à l’essai (19e,14-5).
Costelow, préféré à l’habituel titulaire Dan Edwards, a été brillant. L’ouvreur gallois a été très précis au pied et punit l’indiscipline écossaise, transformant ses deux pénalités (31e, 49e). Sa sortie sur blessure aura fait beaucoup de mal au Pays de Galles, le maestro écossais Finn Russell en profitant pour progressivement imposer son rythme et permettre à l’Ecosse d’enfin respirer.
Russel trouve une faille dans la défense galloise à la 58e pour marquer, puis surprend le Pays de Galles sur un renvoi joué rapidement alors que le XV du poireau venait de transformer une pénalité. À l’aile, Darcy Graham a parfaitement anticipé et réceptionne le coup de pied. L’essai, improbable, vient sanctionner la passivité galloise (59e, 23-19), avant que la 75e minute sonne le glas. A la suite d’un ballon porté, le talonneur écossais George Turner s’écroule dans l’en-but. L’essai transformé par Russell porte le score à 26-23, jetant un froid de Swansea à Newport en passant par Cardiff.

Photo : Léo Billard / SportW
Cette défaite est si cruelle pour le Pays de Galles qui s’est vu gagner. Le capitaine gallois Dewi Lake semblait abattu en conférence de presse : « Je pense que nous avons fait le nécessaire pour gagner ce match, ce qui rend la défaite d’autant plus difficile à encaisser.»
Elle n’efface pas pour autant la fierté d’avoir soutenu la comparaison à ce niveau d’intensité, ni la conviction d’avoir rappelé au monde du rugby que le Pays de Galles demeure une nation majeure de ce sport. Les Gallois doivent désormais relever la tête pour tourner leur regard vers la rencontre face à l’Irlande dans deux semaines et éviter une nouvelle cuillère de bois synonyme de cinq défaites dans le même tournoi.
Steve Tandy est désormais au défi de remobiliser ses joueurs et de s’appuyer sur cette défaite pour bâtir les fondations de futurs succès: « Nous nous rapprochons de l’équipe que nous pensons pouvoir être et que nous voulons être » a-t-il précisé. Des progrès sont encore attendus, mais la qualité du rugby gallois ce samedi après-midi a ravivé, dans tout le Pays de Galles, l’espoir de voir la sélection sortir enfin de la crise.
Léo Billard
Photo : Léo Billard / Sport W




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